"L'aventure, c'est le réalisme de la féerie" (ANDRE MALRAUX)

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jeudi 7 novembre 2013

UNE REFLEXION MAJEURE SUR LES ORIGINES DE LA GLOBALISATION CULTURELLE: RENE GUENON; "LE REGNE DU QUANTITATIF ET LES SIGNES DES TEMPS" (1945). Extraits.


Dès 1945, RENE GUENON s'interroge sur l'avenir de nos sociétés modernes confrontées à l'impératif économique, c'est-à-dire à la tyrannie du "quantitatif". Il y voit une réduction anthropologique majeure, tant du point de vue intellectuel qu'à celui des racines traditionnelles de notre civilisation sans dieux. "Solidification" matérielle des sociétés, uniformisation - supposant "la haine de toute supériorité", "Temps changé en espace", substitution du psychique au spirituel, de la "vie ordinaire" à la transcendance, de la "religiosité" -"C'est-à-dire une vague sentimentalité"- à la religion. "Que peut-on attendre d'un "développement" dont le trait le plus caractéristique est d'aller proprement à l'encontre de toute spiritualité", s'interroge ce fin connaisseur des cultures orientales, en particulier indienne? Et de pourfendre le règne du "toc" et du caprice individuel, né de l'hubris rationaliste des "Lumières", pourtant relié à la dictature des masses et à la mort du Sujet et du Secret: "Un monde où tout serait devenu "public" aurait un caractère proprement monstrueux" prophétise-t-il. On lira en particulier avec profit ce texte très actuel sur ces monnaies désormais déconnectées de toute historicité symbolique et réduites à la simple question du "pouvoir d'achat"!!






Des monnaies sans "âme"
1


2




Editions Gallimard, 1945, renouvelé en 1972.


A mettre en écho aux travaux d'ARENDT, de HEIDEGGER, d'ELIAS CANETTI et de MARCUSE.
On trouvera une traduction littéraire récente de cette conscience aiguë d'un "désenchantement du monde" dans le beau livre de JEAN CLAIR (Philosophe et historien d'art, en particulier de la Vienne "Fin de siècle"): "Les derniers jours", Gallimard, 2013. 


mardi 22 avril 2008

GRANDS TEXTES.

ALFRED DÖBLIN ; « BERLIN ALEXANDERPLATZ »

Autour de l’Histoire allemande (6).

ALFRED DÖBLIN est né à Stettin, au bord de la baltique, en 1878. Ce Juif contraint de quitter l’Allemagne en 1933 à toutefois un point commun avec le CELINE du « Voyage au bout de la nuit » auquel son livre, contemporain,nous fait penser, : médecin, il scrute autant le corps des hommes que la physiologie sociale. Publié au début des années trente, avant la grande tragédie crépusculaire du national-socialisme, « Berlin Alexanderplatz » offre comme une radioscopie d’une modernité fragile. Le Berlin de DÖblin est « un morceau de viande vivante, un morceau de chair berlinoise…un bloc de chair bruissante » (Pierre Mac Orlan ») dont les sons et surtout les couleurs renvoient aux peintures allucinées de l’expressionnisme allemand.

Cherchant à nous transmettre sa vision fracturée de l’histoire allemande aux temps difficiles de la République de Weimar, DÖBLIN n’est pas sans user de la technique narrative cinématographique en « plans-séquences » chère à son contemporain américain JOHN DOS PASSOS (cf « grands textes »). De Berlin ville-palimpseste tragique et magnifique, rongée par le passé et taraudée par les formes diverses de l’avenir, sourdent les destins croisés de personnages à la fois broyés par l’Histoire et à la recherche de leur place dans cette Histoire soudain affolée par les ambivalences de la modernité. Le texte de Döblin n’est pas sans reprendre, en une foisonnante symphonie, la polyphonie du BRECHT de « L’Opéra de quat’sous » ou celle de « Berlin, symphonie d’une grande ville » du cinéaste Walter RUTTMAN. Ulysse moderne perdu dans l’océan berlinois et accroché à l’amour d’une Nausicaa des trottoirs, FRANZ BIBERKOPF évoque encore le Dedalus de JAMES JOYCE (« ULYSSE », 1924) voire, dans sa confrontation au destin, à l’action, à l’Etre, les « héros » existentialistes plus tardifs (en particulier Mathieu des « Chemins de la Liberté » de Jean-Paul Sartre).

Deux textes extraits du « Berlin Alexanderplatz » : le premier décrit l’atomisation des destins individuels dans la « Metropolis » berlinoise ; le désespoir latent qui en transparaît débouche, dans le second extrait, sur les dérives anarchisantes et fascisantes déclenchées par le déclassement, la pauvreté et l’humiliation au cœur d’une Allemagne weimarienne où se cristallise l’ambiance mentale dont sortira le nazisme.












Alfred DöblinAlfred Döblin (1878-1957).






































GRANDS TEXTES.

lundi 28 janvier 2008

GRANDS TEXTES.

"Le tambour"


G.GRASS.


Autour de l'Histoire allemande 5

GÜNTER GRASS; pages choisies de "Pelures d'oignon", Mémoires; Seuil, 2007.

Né en 1927 à Dantzig, G.GRASS; le plus grand des écrivains allemands vivants a reçu le prix Nobel de littérature en 1999. Témoin privilégié de la plupart des grandes tragédies de l'Histoire allemande contemporaine, il fut reconnu dès les années 1960 pour sa "Trilogie de Dantzig" et particulièrement "Le Tambour", récit mi-réaliste mi-onirique des années 1930 à Dantzig que le cinéaste Völker Schlöndorff adaptera pour le cinéma. Plus récemment, "Toute une histoire" et "En crabe" provoqueront un scandale en Allemagne en présentant un récit diachronique de l'histoire allemande où les spécificités des expériences nazies ou communistes s'estompent au profit d'une vision lucide de la petitesse et de la fragilité des hommes confrontés au poids écrasant de l'Histoire et de la condition humaine.
Dans les extraits suivants, Grass avoue son engagement dans la jeunesse hitlérienne; il ne se trouve aucune circonstance atténuante, si ce n'est, intriqués, le désir de sortir de la médiocrité de sa condition sociale et les rêves confus d'un adolescent trop tôt jeté dans les mythes et la guerre. Refusant la réécriture d'une vie qu'impose souvent la mémoire autobiographique, il présente les différentes "peaux" de ses vies progressivement mises à nu comme on pelle un oignon: "Le souvenir se fonde sur des souvenirs qui à leur tour sont en quête de souvenirs. C'est ainsi qu'il ressemble à l'oignon, dont chaque pelure qui tombe met au jour des choses depuis bien longtemps oubliées, jusqu'aux dents de lait de la première enfance; mais ensuite le tranchant du couteau lui donne une autre destination: haché peau après peau, il fait venir des larmes qui troublent le regard" (G.GRASS). A leur façon, les pages qui suivent mettent en relief ce que MILAN KUNDERA qualifiait "d'insoutenable légèreté de l'Etre".







vendredi 2 novembre 2007

GRANDS TEXTES.

Peter Lorre dans "M le

Maudit" de Fritz lang (1931).
G.Stresemann.
Autour de l'Histoire allemande (1919-1945). 3
Sebastian Haffner 3

Haffner évoque ici "l'époque de Stresemann", chancelier en 1923 puis ministre des Affaires étrangères jusqu'à sa mort en 1929. Retour à une certaine stabilité et au prestige retrouvé de Berlin dans une course au plaisir un peu désespérée où la "Symphonie d'une grande ville" de Walter Ruttmann(film de 1927) comme la "Grande Ville" du peintre Otto Dix (1927-1928) manifestent une inquiétude sourde et une ambivalence qu'Alfred Döblin amplifiera dans son roman "Berlin Alexanderplatz" de 1929 et Fritz Lang dans un des chef-d'oeuvres de l'expressionnisme allemand, "M le Maudit" en 1931.















Scène du film "Berlin, symphonie d'une
grande ville" de Walther Ruttmann (1927).




GRANDS TEXTES.


"Metropolis" de Fritz Lang (1926). Scène
de tournage et affiche de l'UFA.
Autour de l'Histoire allemande(1919-1945) 3
SEBASTIAN HAFFNER 2



Retour sur Haffner qui revient ici sur les parallélismes communisme/nazisme dans un contexte
d'assomption du "Travailleur" au sens où l'entendent Jünger ("Le Travailleur" et "Hiéropolis"), Elias Canetti dans "Masses et puissance" et bien sûr le Heidegger de "Etre et Temps" interrogeant au même moment les conséquences de la toute puissance de la Science et de la Technique sur les relations de l'Homme et de l'Histoire.









lundi 15 octobre 2007

GRANDS TEXTES.

Autour de l'histoire allemande : 1919-1945 (2).




SEBASTIAN HAFFNER.

"Histoire d'un Allemand. Souvenirs (1914-1933)".
Babel; 2002.

Témoignage écrit en 1938-1939 en Angleterre par un jeune juriste exilé, décédé en 1999.

















dimanche 14 octobre 2007

GRANDS TEXTES.


Hongrois d'origine, FRANCOIS FEJTÖ, né en 1909, est un des plus grands spécialistes de l'Europe centrale. Son "Histoire des démocraties populaires", publiée en 1952 et réactualisée en fonction des événements de 1989, est un classique, d'autant que l'auteur aura connu la naissance et la chute de son objet d'étude! Né dans une famille juive hongroise, élévé par une mère adptive chrétienne, ses études littéraires aux universités de Pecs et de Budapest où il cotoie des Slaves, des Allemands, des Italiens,etc, font de lui un de ces citoyens cosmopolites d'un empire austro-hongrois que les cultures multiethniques ont façonnées. Dans "Requiem pour un empire défunt. Histoire de la destruction de l'Autriche-Hongrie", publié au Seuil en 1993, il évoque d'ailleurs ce qu'il estime être l'assassinat prémédité de l'universalisme habsbourgeois par la France jacobine et hypernationaliste de la III° République.
Sa traversée du XX° siècle l'ont fait bien sûr rencontré et, un temps, épousé, la grande "illusion lyrique" révolutionnaire. En 1932, il est condamné à un an de prison pour avoir organisé, dans la Hongrie du régent Horthy, un cercle d'études marxistes à l'université de Budapest, ville où il fondra en 1935, avec le poète Jozsef ATTILA, la revue antifasciste et antistalinienne "Szèp Szo". Après le célèbre "procès" de son ami de jeunesse RAJK, il rompt tout lien avec un pays où il ne retournera qu'en 1989, lors des obsèques en forme de réhabilitation d'IMRE NAGY, héros malheureux de la révolution de 1956.
Dans "Voyage sentimental", roman de jeunesse paru en Hongrie en 1935, il évoque ses errances dans l'empire autro-hongrois et un "Monde d'hier" qui n'est pas sans évoquer les accents nostalgiques du ZWEIG des "Souvenirs d'un européen" (cf blog). L'extrait choisi tente de cerner les motivations complexes d'une jeunesse européenne fascinée par la révolution russe.