PRÉPARATION AUX QUESTIONS CONTEMPORAINES (IEP).
LA MONDIALISATION :PERSPECTIVES
HISTORIQUES
Une mise au point sur l'aspect historique de la mondialisation, suivi d'une problématique sur le couplage mondialisation/relations internationales.
Pour répondre aux questions
potentielles :
1.Peut-on concevoir la mondialisation
économique sans la mondialisation politique ?
2.Mondialisation et globalisation
remettent-elles en cause le rôle des Etats dans les relations
internationales ?
IDEE-FORCE : permanence des
mondialisations dans l’Histoire mais accélération + au tournant des XVIII-XIX°
et ++ au cours du XX° siècle : révolutions techniciennes,
« écrasement » de l’espace et naissance du « temps réel ».
De la mondialisation à la globalisation.
I/Des mondialisations successives liées à
l’identification « d’économies-monde ».
1.
L’Oekoumène
méditerranéen
a.
La
Grèce et Rome : des « imperia » à l’échelle du monde connu
-Grecs et
« Barbares » : centre et expérience de la frontière
-Rome :
mondialisation par l’armée et le droit.
-La circulation
des idées et des formes
b. L’expansion musulmane
- Des « centres » en expansion
globale
- Un
système politico-religieux total.
- Concurrence pour la circulation
des idées.
c. L’échec de l’unification d’une « mondialisation »
chrétienne
-Rome et Rome
- Les grands schismes
-Empire d’Orient et Empire d’Occident (
VIII°/X° siècles)
2.Le « Centre » européen et la mutation des
« périphéries »
a.L’essor de l’Occident médiéval
b. Un premier partage du monde
Orient/Occident
c. Les périphéries : les mondes asiatiques
3.Les grandes découvertes et le basculement du monde devenant
« planétaire ». Une mondialisation atlantique.
a.Les Amériques : christianisme et métaux précieux
b.L’empire de Charles-Quint.
c. XVI° siècle : la mondialisation européenne, c’est la Réforme et
l’imprimerie. Cujus « regio ejus religio » : les premières
fractures et les premières crises européennes. Une Renaissance et un humanisme
globaux.
II/Duc concept de mondialisation au
concept de « globalisation » (XVIII° siècles-XX° siècle)
1.
De
nouvelles globalisations
a.Mondialisation
technique
b.Mondialisation
des échanges et des mouvements démographiques.
c.Les empires
coloniaux
2. Les résistances économiques et géopolitiques : crises,
totalitarismes…
a.L’affaiblissement
des vieux empires
b.Les
globalisations totalitaires
c.Crises
et début d’un reclassement des puissances.
III/La globalisation contemporaine :
vers le « village planétaire ».
1.
L’internationalisation
des flux d’exportations et la transnationalisation des flux d’investisssement
et des implantations à l’étranger : la mondialisation financière.
2.
La
globalisation : les NTIC.(« village global », « homme
terminal », déterritorialisation, abaissement des frontières,
droit-de-l’hommisme planétaire : vers un libéralisme planétaire ?
3.
Vers
un retour aux Etats et au local : un glocal.
Depuis le début des années 1990, la
« mondialisation » désigne une nouvelle phase dans l’intégration planétaire
des phénomènes économiques, financiers, écologiques et culturels. Un examen
attentif montre que ce phénomène n’est ni linéaire ni irréversible.
« Avant, les évènements
qui se déroulaient dans le monde n’étaient pas liés entre eux.
Depuis, ils sont tous dépendants les uns des autres. » La
constatation est banale, hormis le fait que celui qui la formule, Polybe,
vivait au IIe siècle avant J.-C. ! La mondialisation, cette création d’un
espace mondial interdépendant, n’est donc pas nouvelle. Certains la font même
remonter à la diffusion de l’espèce humaine sur la planète…
Dès l’Empire romain, une première
mondialisation s’est organisée autour de la Méditerranée. Mais il faut attendre
les grandes découvertes, au XVe siècle, pour assurer la connexion entre les
différentes sociétés de la Terre et la mise en place de cette « économie-monde » décrite
par l’historien Fernand Braudel (1). Une mondialisation centrée sur
l’Atlantique culmine au XIXe siècle : entre 1870 et 1914 naît un espace
mondial des échanges comparable dans son ampleur à la séquence actuelle.
Ouverture de nouvelles routes maritimes, avec le percement des canaux de Suez
et de Panama, doublement de la flotte marchande mondiale et extension du chemin
de fer, multiplication par 6 des échanges, déversement dans le monde de 50
millions d’Européens, qui peuplent de nouvelles terres et annexent d’immenses
empires coloniaux…, la naissance de la mondialisation telle que nous la
connaissons aujourd’hui a commencé il y a un siècle et demi.
Mais le processus n’est pas
linéaire : la Première Guerre mondiale puis la grande dépression des
années 1930 suscitent la montée des nationalismes étatiques, une fragmentation
des marchés, le grand retour du protectionnisme. La mondialisation n’est plus à
l’ordre du jour jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. La guerre froide et la
constitution des blocs figent ensuite le monde pendant près d’un demi-siècle.
Pourtant, la mondialisation actuelle est déjà en train de se mettre en place.
Jacques Adda la définit comme « l’abolition de l’espace mondial
sous l’emprise d’une généralisation du capitalisme, avec le démantèlement
des frontières physiques et réglementaires (2) ».
Selon l’OCDE, elle recouvre trois étapes :
• L’internationalisation, c'est-à-dire
le développement des flux d’exportation ;
• La transnationalisation, qui est
l’essor des flux d’investissement et des implantations à l’étranger ;
• La globalisation, avec la mise
en place de réseaux mondiaux de production et d’information, notamment les NTIC
(nouvelles technologies d’information et de communication).
La mondialisation actuelle, ce « processus
géohistorique d’extension progressive du capitalisme à l’échelle
planétaire », selon la formule de Laurent Carroué (3),
est à la fois une idéologie – le libéralisme –, une monnaie – le dollar –, un
outil – le capitalisme –, un système politique – la démocratie –, une langue –
l’anglais.
A chaque phase de mondialisation, on
retrouve les mêmes constantes : révolution des transports et des moyens de
communication, rôle stratégique des innovations (les armes à feu au XVe siècle,
la conteneurisation après la Seconde Guerre mondiale, Internet depuis les
années 1990), rôle essentiel des Etats mais aussi des acteurs privés, depuis le
capitalisme marchand de la bourgeoisie conquérante à la Renaissance jusqu’aux
firmes transnationales et aux ONG aujourd’hui.
D’abord et avant tout une
globalisation financière
C’est le « doux
commerce », selon la formule de Montesquieu, qui fonde la
mondialisation : ce que les Anglo-Saxons appellent globalisation (le terme
mondialisation n’a pas son équivalent anglais) est né d’un essor sans précédent
du commerce mondial après 1945. Depuis cette date, les échanges progressent
plus vite que la production de richesses. Ils sont dopés par la généralisation du
libre-échange, avec la mise en place du Gatt (l’accord général sur les tarifs
et le commerce) en 1947 et la création de l’OMC (Organisation mondiale du
commerce) en 1995.
La mondialisation actuelle est d’abord et
avant tout une globalisation financière, avec la création d’un marché
planétaire des capitaux et l’explosion des fonds spéculatifs. La fin de la
régulation étatique qui avait été mise en place juste après la Seconde Guerre
mondiale s’est produite en trois étapes : d’abord, la déréglementation,
c’est-à-dire la disparition en 1971 du système des parités stables entre les
monnaies, qui se mettent à flotter au gré de l’offre et de la demande ;
ensuite, la désintermédiation, possibilité pour les emprunteurs privés de se
financer directement sur les marchés financiers sans avoir recours au crédit
bancaire ; enfin, le décloisonnement des marchés : les frontières qui
compartimentaient les différents métiers de la finance sont abolies, permettant
aux opérateurs de jouer sur de multiples instruments financiers. Grâce aux
liaisons par satellite, à l’informatique et à Internet, la mondialisation se
traduit par l’instantanéité des transferts de capitaux d’une place bancaire à
une autre en fonction des perspectives de profit à court terme. Les places
boursières du monde étant interconnectées, le marché de la finance ne dort
jamais. Une économie virtuelle est née, déconnectée du système productif :
au gré des variations des taux d’intérêt des monnaies et des perspectives de
rémunération du capital, la rentabilité financière des placements devient plus
importante que la fonction productive. Les investisseurs peuvent choisir de
liquider une entreprise, de licencier ses salariés et de vendre ses actifs pour
rémunérer rapidement les actionnaires.
L'avènement des doctrines libérales
Comment en est-on arrivé là ? Le
tournant décisif se produit dans les années 1980. En 1979, l’arrivée au pouvoir
de Ronald Reagan aux Etats-Unis et de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne
signifie l’avènement des doctrines libérales. La même année, le Sénégal
inaugure le premier « plan d’ajustement structurel » : la crise
de la dette vient de commencer pour les pays en développement, obligés
d’adopter des« stratégies de développement favorable au marché »,
selon la formule des institutions financières internationales (Banque mondiale
et FMI). Cette unification des modèles économiques gagne non seulement le monde
en développement mais aussi les pays de l’Est : c’est en 1979 toujours que
la Chine libéralise son agriculture. Cinq ans plus tard, en 1984, elle ouvre
ses premières zones économiques spéciales. Cinq ans après encore, la
disparition du mur de Berlin annonce celle de l’Union soviétique en 1991, année
où l’Inde, jusque-là nationaliste, protectionniste et autarcique, se libéralise
à son tour.
En dix ans, la face du monde a résolument
changé. La fin de la guerre froide crée l’illusion qu’une communauté
internationale est née, qui va enfin percevoir « les dividendes de la
paix ». Le capitalisme paraît avoir triomphé, au point que Francis Fukuyama
annonce « la fin de l’histoire ». Les firmes
transnationales amorcent un vaste mouvement de redéploiement de leurs
activités. La décennie 1990 est jalonnée par de grandes conférences
internationales où les acteurs traditionnels de la diplomatie, les Etats et les
institutions internationales, se voient bousculés, interpellés par de nouveaux
acteurs, qui privilégient la démocratie participative. Filles de la
mondialisation, dont elles utilisent un des ressorts essentiels, le pouvoir des
médias et de la communication, les ONG se fédèrent en réseaux planétaires grâce
à l’utilisation d’Internet. Elles imposent la vision nouvelle d’un monde
interdépendant, où les grandes questions – pauvreté, santé, environnement –
doivent être appréhendées de manière globale. Le Sommet de la Terre (Rio, 1992)
inaugure ainsi l’ère du développement durable.
Le réseau plutôt que le territoire
Mais l’apparente unification de l’espace
planétaire cache de profondes disparités. A l’espace relativement homogène
d’avant la révolution industrielle s’est substitué un espace hiérarchisé entre
des territoires qui comptent dans l’économie mondiale et d’autres qui sont
oubliés. « Le monde de la globalisation est un monde de la
concentration, de toutes les concentrations : la moitié de l’humanité
réside sur 3 % des terres émergées, et la moitié de la richesse mondiale
est produite sur 1 % des terres », explique Olivier Dollfus (4).
La mondialisation a à la fois des centres d’impulsion et des périphéries,
intégrées ou au contraire délaissées. Les espaces moteurs de la mondialisation
appartiennent à l’« archipel métropolitain mondial », une
toile de grandes mégalopoles, essentiellement localisées au sein de la Triade
(Etats-Unis, Europe, Japon), qui sont reliées entre elles par des réseaux.
La logique du réseau évince celle du
territoire : réseaux de transport (des hommes, des marchandises, des
matières premières, de l’énergie), mais aussi réseaux de télécommunications et
réseaux relationnels. Malgré les extraordinaires progrès des technologies, il
n’y a donc aucune abolition du temps et de l’espace, mais la distance n’est
plus métrique : elle s’apprécie en fonction de l’équipement des lieux en
réseaux, qui définit leur accessibilité et leur attractivité. Les effets de
centralité se renforcent, au détriment des territoires ou des populations qui
n’ont pas d’« avantage comparatif » dans la mondialisation, pas de
pouvoir d’achat ou pas de matières premières par exemple. Ceux-là disparaissent
dans des trous noirs, sauf quand l’enclavement leur confère précisément la
valeur d’un isolat, culturel ou naturel (5). Le tourisme, première
industrie mondiale, peut ainsi parfois renverser la hiérarchie des lieux en
muséifiant de prétendus paradis perdus (6).
Le grand retour des États
La mondialisation renforce donc les
inégalités. Sur un plan spatial, puisque l’accentuation de la rugosité de
l’espace s’observe à toutes les échelles : planétaire, régionale,
nationale, locale. Mais aussi sur le plan social : l’écart entre ceux qui
peuvent saisir les opportunités offertes par la mondialisation et ceux qui ne
trouvent pas leur place, entre riches et pauvres, se creuse à toutes les
échelles. Un cinquième de l’humanité seulement consomme (et produit) les quatre
cinquièmes des richesses mondiales. Sans régulateur, la mondialisation engendre
la marginalisation des plus faibles et la prolifération des activités
illicites, voire criminelles. Sans contre-pouvoir, le capitalisme finit par
aboutir à des situations de concentration et de monopole qui ruinent la
concurrence et remettent en question les mécanismes du marché. Face à ces
logiques comme à l’émergence de multiples passagers clandestins, il faut des
régulateurs.
Loin d’abolir le rôle des Etats, la
mondialisation leur redonne au contraire tout leur sens : seule la puissance
publique peut réguler la mondialisation en fixant des normes, en redistribuant
les richesses, en aménageant le territoire. Tentations du protectionnisme,
fermeture des frontières, mise en œuvre de législations contraignantes, la
mondialisation s’accompagne paradoxalement du grand retour des Etats. Le
libre-échange est contesté dès lors qu’il compromet certaines questions jugées
essentielles, comme l’emploi, la sécurité, la santé ou l’accès à l’énergie. Les
zones d’influence se reconstituent par le biais des accords bilatéraux. Entre
le dirigisme des pays émergents, le « socialisme de marché » de la
Chine et du Viêtnam, les dictatures d’Asie centrale, et le grand retour du
nationalisme en Amérique centrale, le libéralisme est loin de régner sur la
planète, y compris et surtout dans sa patrie d’adoption, les Etats-Unis, qui le
remettent en question depuis que le centre de gravité du monde s’est déplacé de
l’Atlantique vers le Pacifique avec la montée en puissance de la Chine.
Loin d’abolir l’espace, la mondialisation
redonne au contraire toute leur force aux singularités locales. « En
tant que changement d’échelle, c’est-à-dire invention d’un nouvel espace
pertinent, la mondialisation crée inévitablement des tensions sur les
configurations locales préexistantes en les menaçant d’une concurrence par sa
seule existence (7). » L’incertitude face aux
mutations du monde, la rapidité des changements suscitent en réaction une
réaffirmation des identités locales, une réactivation des communautés
d’appartenance : recherche de socles identitaires, montée des
communautarismes, la mondialisation fragmente paradoxalement le monde. Jamais
les combats mémoriels et l’intolérance religieuse n’ont été aussi aigus.
Absence d’une gouvernance et de
régulateurs mondiaux, grand retour des Etats et du local, la mondialisation est
ainsi en train de se muer imperceptiblement en« glocalisation (8) »,
juxtaposition à l’infini de politiques locales, visant à décliner à leur façon
une économie mondiale qui s’inscrit d’abord et avant tout dans des lieux,
un « espace vécu », pour reprendre la formule du
géographe Armand Frémont (9).« Le local n’est plus le foyer
d’une socialisation rassemblée dont la communauté villageoise était la forme la
plus aboutie, mais le point de rencontre, voire de confrontation entre
desgroupes dont chacun possède son propre espace d’action et de référence (10). »
En ce début de XXIe siècle, la
mondialisation se trouve ainsi, paradoxalement, en recul. Comme si elle n’avait
constitué qu’une phase historiquement datée dans l’histoire de l’humanité.
Notes
(1) F. Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme,
XVe-XVIIIe siècle, 1979, rééd. LGF, 3 vol., 2000. Voir aussi La
Dynamique
du capitalisme, 1985, rééd. Flammarion, coll.« Champs », 2005.
(2) J. Adda, La Mondialisation de l’économie. Genèse et
problèmes, La Découverte, 7e éd. 2006.
(3) L. Carroué, D. Collet et C. Ruiz, La Mondialisation.
Genèse, acteurs et enjeux, Bréal, 2005.
(4) O. Dollfus, La Mondialisation, Presses de Sciences
po, 2e éd., 2001.
(5) J. Lévy, Le Tournant géographique. Penser l’espace pour
lire le monde, Belin, 1999.
(6) S. Brunel, La Planète disneylandisée. Chronique d’un
tour du monde, éd. Sciences Humaines, 2006.
(7) J. Lévy et M. Lussault (dir.), Dictionnaire de la
géographie, Belin, 2003.
(8) Y. Lacoste, De la géopolitique aux paysages.
Dictionnaire de la géographie, Armand Colin, 2003.
(9) A. Frémont, La Région, espace vécu, Flammarion,
coll. « Champs », 1999.
(10) O. Dollfus, op. cit.
RELATIONS INTERNATIONALES ET MONDIALISATION
1.L’Economie
politique internationale
Concept qui naît quand prennent fin la GF et les Trente
Glorieuses et qu’émerge une économie mondialisée.
Apport de SUSAN
STRANGE et de « l’Ecole britannique » qui cherche à étudier l’économie mondiale, au sens
d’espace d’interactions entre la confrontation des souverainetés étatiques d’un
côté et la compétence économique à l’échelle planétaire de l’autre. Différence avec les théoriciens
américains, ou orthodoxes, autour de ROBERT GILPIN, en particulier, qui
demeures fidèles à une approche stato-centrée de l’économie politique internationale
définie comme « concernée par les déterminants politiques des relations
économiques internationales »
Dès 1970, STRANGE critique les théoriciens des RI qui
restent scotchés sur le concept de « Guerre et paix » et n’incluent
pas l’économie dans leurs modèles, et les économistes qui se bornent à une
étude désincarnée des marchés. Elle estime qu’il faut créer des outils
politologiques pour penser l’économie internationale, et vice-versa. D’autant
plus que le rythme du système économique international est plus rapide que
celui du système politique.
1970’ : la fin de la convertibilité or du dollar en
1971, puis la guerre du Kippour de 1973 et l’utilisation de l’arme des tarifs
pétroliers par l’OPEP montre l’interaction économie/politique.
Au même moment,
ROBERT KEOHANE ET JOSEPH NYE lancent un programme de recherche sur les
« Transnational Relations and World Politics » : ils y étudient l’impact
des relations transnationales et de l’interdépendance économique sur les relations
de puissance entre les Etats. Questions : quel est l’impact de la
globalisation financière ou de la multinationalisation des entreprises sur la
souveraineté des Etats ?
Le rôle de ROBERT
GILPIN :
observant le conflit de de Gaulle avec les multinationales américaines qu’il ne
voit pas comme des acteurs privés, mais comme des vecteurs de la puissance de
l’empire US, il refonde une « économie
politique internationale néomercantiliste » et fait remonter, non à la
Guerre de Trente ans, mais au début du XIX°
siècle, le système international contemporain en insistant sur les composantes
économiques de la puissance. Il met en relief le rôle d’une grande puissance
régulant et stabilisant les relations entre économie et politique : la GB
au XIX° siècle, les USA après 1945. De la « pax britannica » à la
« pax americana ». On retrouve
ici la théorie de la « stabilité hégémonique » de KINDELBERGER (
crise de 1929 liée pour lui à l’absence de puissance dominante). Mais là où il
ne voit que des intérêts économiques, GILPIN y adjoint des intérêts de sécurité
et des intérêts idéologiques (« hegemon » global).
Surtout, il montre qu’un « hegemon » bienveillant
et stabilisateur peut, confronté à des concurrents, devenir un « hegemon
prédateur ». C’est le cas des USA dans les années 1980.
Désormais, les intérêts divergent, la stabilité s’effrite
sous le retour des protectionnismes, les intérêts communs laissent place à
nouveau à des stratégies d’hegemon « nationalisés ». Il donne raison
à LENINE sur KAUTSKY, le premier considérant que des économies capitalistes de
niveaux différents ne peuvent que rivaliser et s’affronter, alors que le second
pensait que les plus forts s’entendraient pour rationaliser l’économie mondiale
et exploiter les économies plus faibles. Lutte d’autant plus âpre qu’elle
concerne des sociétés et des cultures différentes.
1. Les
mutations de « l’Hegemon ».
Strange et Gilpin différent quant à l’hegemon US. La
Britannique ne croit pas au déclin des USA comme l’Américain.
-Pour elle, la puissance économique des USA ne se mesure
plus à ses capacités industrielles territoriales seules.
-La part des services, et surtout la domination sur le
contrôle des ressources économiques comptent plus que leur localisation.
-Pour elle, c'est « l'empire non territorial américain »
des IDE, des institutions financières, des marchés de dollars, des bases
militaires...qui constituent la véritable « base économique florissante de
la puissance américaine ».
-A la différence de la « pax britannica » qui
reposait sur un empire colonial géré par une petite puissance insulaire, la
« pax americana » repose, elle, sur un empire non territorial géré
par une grande puissance continentale. On peut la comparer à la puissance
romaine, capable d'imposer sa bureaucratie impériale au-delà de ses frontières
(FMI,OCDE,OMC,UE).
-Il faut sortir de la conception weberienne de la puissance,
définie comme la chance qu'a un acteur de faire prévaloir sa volonté sur un
autre acteur y compris contre les résistances de ce dernier. Cela ne rend plus
compte des relations de puissance dans le monde contemporain.
Pour elle, le plus important reste la « puissance structurelle », définie comme « la
capacité de façonner (to shape) et de déterminer les structures de l'économie
globale au sein desquelles les autres États, leurs institutions politiques,
leurs entreprises économiques et leurs scientifiques et autres experts doivent
opérer » (S.STRANGE, « States
and Markets »).
-4 structures à contrôler :
. Sécurité
. Finances (contrôle du crédit)
. Production. Au sens de la capacité à
déterminer le lieu, le moyen et le contenu des activités visant à créer la
prospérité
. Savoir : capacité à influencer
les idées et les croyances socialement légitimes et recherchées par les uns et
les autres, et capacité à contrôler l'accès aux moyens de stockage et de
communication de ces idées et croyances (soft power).
Par ailleurs, alors que GIPIN estime que les USA ont subi
les turbulences économiques de l'après-1945, et en particulier la fin du
système de Brettton-Woods, STRANGE pense au contraire que les USA ont voulu
cette rupture pour mettre en place une mondialisation libérale qui lui profite
en priorité.
Le
marché est le mode régulation dominant depuis les années 1980. La
mondialisation n’est pas fortuite : elle procède de l’interaction entre
des changements technico-économiques et une volonté politique, à savoir
l’équation typiquement américaine entre la théorie de la supériorité de la
finance de marché sur la finance intermédiée et l’intérêt des USA de pouvoir
financer, sur le marché mondial, le double déficit – commercial et budgétaire –
américain.
D’autant
plus que la position dominante du dollar leur permet de moins pâtir de la
déréglementation. Mieux, vu leur position hégémonique au niveau des instances
internationales de régulation, ils sont les seuls à pouvoir mettre en place une
nouvelle re-réglementation, dans les cas où les conséquences négatives de la
globalisation financière l’emporteraient sur ses conséquences positives. Enfin,
la transformation du système financier est un stimulant pour la production de
biens et de services, de la communication des savoirs et de l’information, ce
qui renforce encore la position des USA.
2. « Zones
grises » et retour des Etats.
En
revanche, en déléguant aux marchés et aux acteurs non-étatiques de larges pans
de la puissance économique et financière, les USA ont perdu une partie de leur
hégémonie.
Dans son second grand opus (« The Retreat of the State », 1998), Strange prend acte du recul
des Etats dans la dialectique Etats-marchés, et convient que « Les forces
impersonnelles des marchés mondiaux…sont maintenant plus puissantes que les
Etats auxquels est censée appartenir l’autorité politique ultime ».
De
façon plus inquiétante, elle montre combien les multinationales doivent partager
avec les maffias, les mercenaires, les filières terroristes, cette concurrence
par rapport aux Etats, qui ont de plus en plus de mal à maintenir « la loi
et l’ordre » dans le cadre de ce qu’elle appelle « l’évaporation de
la puissance » et l’émergence de « zones grises », dans le cadre
d’un nouveau Moyen-âge. Le 11 septembre et la crise de 2008 l’auraient
confortée dans cette analyse ! Elle emprunte ces expressions à ALAIN MINC,
auteur du « Le nouveau Moyen-âge »
(Gallimard, 1993). L’auteur français définit ce nouveau MA comme
« l’absence de système organisé », la disparition de tout centre,
l’apparition de solidarités fluides. Il avait d’ailleurs publié en 1990 un « L’Argent fou » chez
Grasset.
Pour
contrer cette évolution, Strange misait sur un retour à l’empire américain,
mais un soft-Empire exerçant une « hégémonie sage sur l’économie de marché
mondiale ». Elle envisageait aussi une contre-coalition entre le Japon et
l’Europe. (aujourd’hui, un rapprochement Asie/Europe ?).
Elle,
comme Gilpin, espère le retour à un équilibre raisonnable des puissances et
l’émergence d’un « mercantilisme bénin » !!
Constatant
le retour de l’Etat-Léviathan de HOBBES et celui de l’Etat-régulateur de
Keynes, conséquences du 11 septembre et de la crise de 2008, elle aurait
partagé la prédiction de Robert GILPIN, à savoir que « un monde
politiquement et économiquement moins sûr conduirait à une résurgence de la
puissance de l’Etat »
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire